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Et si nous vivions un spleen français ?

Durant ces quelques jours de trêve estivale, j'ai pris le temps de réfléchir sur les maux qui rongent notre Nation. Nous sommes tous témoins des inégalités sociales, des fractures économiques et des incertitudes professionnelles qui engendrent un profond sentiment d'angoisse et de mécontentement. Mais au-delà de tout cela, je m'interroge sur l'atmosphère que nous ressentons tous actuellement. Dans les rues animées des villes, une certaine lourdeur plane dans l'air. Même dans nos villages, les visages trahissent un mélange d'apathie et d'inquiétude, tandis que les rêves et les aspirations semblent se dissiper face aux réalités quotidiennes, qui parfois ne paraissent pas insurmontables, mais semblent pourtant hors d'atteinte. Le "NON" est devenu le mot le plus répandu dans notre pays, et le moindre incident peut dégénérer en conflit.


Comme si dans les méandres de la société française, un sentiment collectif nous traversait en permanence, tel un nuage sombre suspendu dans l'air. J'appelle ce sentiment le "spleen français". Une mélancolie qui s'insinue lentement, insaisissable et difficile à définir. C'est une notion complexe qui reflète les désenchantements et les tourments profondément ancrés dans les esprits et les cœurs. Ce sentiment contamine notre société comme un poison. Il empêche les français de faire Nation et d’avancer.


De plus en plus, nous avons l'impression que rien ne va, que tout projet, qu'il soit collectif ou individuel, est voué à l'échec. Ce n'est pas tant par manque de volonté, mais plutôt par un renoncement qui se traduit par un sentiment de "à quoi bon" assumé. Nous ressentons de plus en plus une atmosphère de fin de règne, comme si tout était sur le point de s'effondrer. Nous semblons incapables d'initier des changements, de nourrir des ambitions communes et de mobiliser des équipes. Comme si plus personne ne voulait s’engager.

Le spleen français est une réalité complexe et multifacette, résultant de diverses préoccupations et d'une crise de notre modèle national. Il émerge des contradictions d'une nation en quête d'identité et de stabilité.


La politique, autrefois source d'espoir et de changement, est désormais perçue comme une succession de discours stériles et de désillusions. Les soubresauts politiques et sociaux nourrissent un sentiment d'incertitude, comme si l'espoir s'amenuisait progressivement. Les controverses et les crises à répétition alimentent un sentiment d'impuissance. La quête d'un idéal perdu se mêle à une lucidité cruelle sur les limites de la condition humaine. La science est en permanence remise en question. L’autorité est quotidiennement contestée. La surabondance médiatique joue un rôle dans le développement de ces maux. Chaque événement devient un épisode subi et vite oublié.


Par ailleurs, notre pays fait face à une mondialisation où il ne détient plus le leadership. La perte de repères, les bouleversements technologiques et la globalisation engendrent une forme de nostalgie, un désir de revenir à un temps révolu où tout semblait plus simple, plus harmonieux. Les visages moroses et les regards las témoignent de cette certaine résignation face aux défis qui se dressent devant nous.


Pourtant, malgré cette atmosphère pesante, une lueur d'espoir persiste. Car ce spleen n'est que le reflet des bouleversements d'une époque en mutation, où les questionnements sur l'avenir de notre nation et de l'humanité se font échos. Au sein de ce spleen, réside également un potentiel, une force créatrice qui peut insuffler un nouvel élan, une renaissance de notre modèle.


Il est temps de prendre conscience de ce spleen français, de l'affronter avec courage, de le dépasser et de le transformer en moteur pour le changement. En favorisant le dialogue, l'ouverture d'esprit, l'action collective, mais aussi l'initiative individuelle, nous pouvons façonner un avenir où la France retrouve son dynamisme, son unité et sa capacité à surmonter les défis avec optimisme.


La modernité peut s’arrêter si nous ne prenons pas garde. Rien n’est jamais écrit à l’avance. Ne laissons pas ce spleen nous paralyser. Car pendant que nous nous laissons envahir par ce sentiment, le monde continue d'avancer.

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